"L'exception et la règle" de Brecht

"L'exception et la règle" de Brecht
Vu sur un des articles de aulnay-9



Le théâtre de Brecht a métamorphosé la scène française au lendemain de la guerre, non seulement en influant l'art de la mise en scène mais plus encore en transformant la façon de lire le théâtre. Dans le même temps, aucun théâtre ne fut combattu avec autant de mauvaise foi, de condescendance de classe, de peur et aussi de haine. C'est désormais du passé, dira-t-on. Mais sommes-nous vraiment assurés que ce qui a animé le passé soit mort, et même qu'il soit vraiment passé ?
J'ai toujours lu L'Exception et la règle comme une pièce-matrice du théâtre de Brecht, comme l'équation fondamentale de son inspiration. C'est une pièce sur la haine de classe, la haine raciale et l'injustice. L'injustice qui semble inhérente à l'humain, qui est une des choses les plus cruelles que l'homme ait à affronter et qui est une grande cause de désespoir.
Et comme le dit avec sagesse celui qui a beaucoup pensé avec ses mains, beaucoup construit de par le monde pour que les hommes vivent dans l'harmonie de la terre, Oscar Niemeyer :
"Et quand l'espoir fuit le c½ur des hommes, c'est la révolution qui s'impose".
Probablement composée en 1931 et publiée pour la première fois en 1937, L'Exception et la Règle a été créée en langue hébraïque en Palestine à Givat Chaim en mai 1938 par Alfred Wolf, un émigrant allemand. La représentation a lieu à l'extérieur sur une pelouse, le décor est une couche de sable dans laquelle est planté un écriteau où l'on peut lire " Dune de sable ".
Elle a été créée en français en octobre 1949 au Théâtre de Poche à Paris par Jean-Marie Serreau, qui la même année la joua en Allemagne dans la zone française d'occupation. Certains gouverneurs français l'interdirent dans leur district.

Alain Ollivier

"Voilà du théâtre qui fait du bien. Qui aide à vivre. Qui tombe à pic dans ce qu'est la France d'aujourd'hui. Comme dit en substance le prologue: "ne trouvez pas naturel ce qui se produit par ce temps d'arbitraire programmé." Et l'épilogue fait écho: "reconnaissez l'abus là où se trouve la règle." Dans un désert d'Eurasie, un marchand de pétrole et ses deux esclaves, deux autochtones, un guide et un porteur. l'un est chassé. L'autre est tué. Procès du négrier qui, bien sûr, sortira blanchi. C'est aussi irréductible et évident qu'une tragédie grecque. Le travail d'Alain Ollivier et de son équipe - décorateur, acteurs, musiciens - fait de ce spectacle à la fois une longue-vue, une loupe et un microscope sur ce que les pays d'en bas vivent sous la férule des pays d'en haut, et les battus sous le règne des battants."
Jean-Marc Stricker. France Inter.

# Posted on Friday, 12 December 2008 at 7:57 AM

Hymne des Fraternises- Joyeux Noel

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# Posted on Monday, 08 December 2008 at 3:49 PM

Joyeux Noël.

# Posted on Monday, 08 December 2008 at 3:47 PM

Etienne de La Boétie(1530-1563)

Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez enlever, sous vos propres yeux, le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, dévaster vos maisons et les dépouiller des vieux meubles de vos ancêtres! Vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tout ce dégât, ces malheurs, cette ruine enfin, vous viennent, non pas des ennemis, mais bien certes de l'ennemi et de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, pour qui vous allez si courageursement à la guerre et pour la vanité duquel vos personnes y bravent à chaque instant la mort. Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il les innombrables argus (1) qui vous épient, si ce n'est de vos rangs? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les emprunte de vous? Les pieds dont il foule vos cités, ne sont-ils pas aussi les vôtres? A-t-il pouvoir sur vous, que par vous-mêmes? Comment oserait-il vous courir sus (2), s'il n'était d'intelligence avec vous? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez receleur du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue, et traîtres de vous-mêmes? Vous semez vos champs, pour qu'il les dévaste; vous meublez et remplissez vos maisons, pour fournir à ses voleries; vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure; vous nourrissez vos enfants, pour qu'il en fasse des soldats (trop heureux sont-ils encore!) pour qu'il les mène à la boucherie, qu'il les rende les ministres (3) de ses convoitises, les exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine, afin qu'il puisse mignarder (4) en ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez, afin qu'il soit plus fort, plus dur et qu'il vous tienne la bride plus courte: et de tant d'indignités, que les bêtes elles-mêmes ne sentiraient point ou n'endureraient pas, vous pourriez vous en délivrer, sans même tenter de le faire, mais seulement en essayant de le vouloir. Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le heurtiez, ni que vous l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser.

Discours de la servitude volontaire (1574)
ouvrage publié à titre posthume.
(1) espions
(2) se ruer sur vous
(3) complices
(4) avoir des manières affectées

# Posted on Friday, 07 November 2008 at 10:03 AM